Le sens de la matérialité

Le rapport que nous entretenons avec les choses du monde est indissociable de leurs présences matérielles, de la perception sensorielle que nous en avons. L’architecture se rencontre là où se constitue et se mesure la totalité de notre perception. Aucune autre discipline n’a besoin à ce point de tous les sens. La matérialité est une part constitutive inaliénable de l’architecture, elle souligne le rapport tactile et corporel que nous entretenons avec le réel.

Nos projets nous engagent à être réceptifs aux matérialités et aux atmosphères inhérentes aux contextes et aux rencontres ; et à partir d’elles, à expérimenter et questionner le façonnage des choses pour mieux les penser, en prendre soin et les transformer.

Le sens de la matérialité présage d’une capacité à accepter les traces du passage du temps, la patine des matériaux. L’architecture doit supporter de vieillir, pour cela nous formulons l’hypothèse qu’il faut l’envisager comme un jardin dont on prend soin. Nous devons parvenir à construire en mouvement et par fragments en laissant toujours la possibilité de transformations et d’évolutions futures.

Le projet contemporain d’architecture doit participer à une réflexion alimentant la mutation de nos modes de fabrication et de mise en œuvre de la matière, en se demandant comment continuer à améliorer l’habitabilité de tous, tout en utilisant moins de ressources et en défendant un équilibre écologique soutenable.

Il est compliqué d’être dogmatique que la question des matériaux tellement les process industrialisés ont créé des interdépendances à l’échelle mondiale difficiles à remettre en cause.
Pour autant, nous sommes extrêmement attentifs et préoccupés par ce sujet, bien conscients de la responsabilité du monde de la construction dans la détérioration de nos milieux habités. Aussi, pour chaque nouveau projet, le sujet de la matérialité - de sa provenance à sa mise en œuvre - est centrale, toujours soucieux d’un équilibrage contextuel entre plusieurs soutenabilités : écologiques, économiques et sociales au travers des savoir-faire environnant.

Nous connaissons bien les potentialités du savoir-faire du monde artisanal de la région dans laquelle nous travaillons, c’est avec cet appui précieux que nous pensons l’articulation des matières entre-elles, leurs mises en œuvre de manière différentiée en fonction de leurs qualités propres, physiques et sensibles. Le bois, la brique, la terre, le béton, l’acier, le verre, la céramique sont autant de matières que nous manipulons en discussions avec les compagnons qui ont la charge de l’exécution, valorisant ensemble l’élaboration concrète des choses.

Se poser collectivement la question des matérialités et donc des matériaux, c’est avant tout interroger leurs provenances, leurs modes de production et de fabrication, les lieux de leur façonnage et leur recyclage.

Le temps de la mise en œuvre et du chantier est en ce sens une étape décisive du projet, un véritable lieu de fabrication où se discutent, se résolvent et souvent se transforment les éléments du projet.

Les matières de l’architecture nous les pensons toujours en étroite relation avec le monde végétal. Ce dernier est pour nous, une matière à projet incontournable. Par son caractère vivant, il s’immisce dans les interstices du projet pour mieux les dilater, amplifier la qualité des paysages et des milieux habités et ainsi fabriquer, avec l’architecture, de nouveaux écosystèmes désirables.


Zellige

Mauves

Clisson

LVAN

Kiosko

Tinténiac

Archipel Habitat